J'ai mis au point cette forme de chronométrage en 1992 afin d'aider les balayeurs à évaluer la vitesse de la pierre et ainsi améliorer la qualité de leur jugement. Cette théorie fut une de mes 12 tâches en vue de l'obtention de mon niveau IV d'entraîneur en curling.
À ce moment nous utilisions un chronomètre à rebours placé à 3,5 secondes. Le principe consiste à mettre le chronomètre en marche quand la pierre touche la ligne arrière et écouter le signal sonore émis par le chronomètre lorsque celui-ci arrive à zéro. L'endroit où se situe la pierre au signal sonore nous indique l'endroit où s'arrêtera la pierre.
Après trois semaines de pratiques nous avons fait un test afin de vérifier l'efficacité du système. Notre capitaine "skip" a lancé dix placements et les balayeurs devaient prédirent immédiatement l'endroit où s'arrêtera la pierre, soit au moment où la pierre est près de la première ligne de jeu. Nous avons obtenu des résultats impressionnants, nos balayeurs ne se trompant jamais plus de un pied. Nous savions alors que nous avions mis au point un système très efficace.
Les chronomètres à rebours étant difficiles à trouver, plusieurs ont utilisé un chronomètre ordinaire et l'arrêtait à la première ligne de jeu. Ainsi le chronométrage par intervalle était né.
Bien qu'au début le chronométrage par intervalle eut uniquement pour but d'aider les balayeurs à juger la vitesse de la pierre, on a vite fait de réaliser que ce système présentait un autre avantage très important. Ce système permet de détecter la vitesse des pierres. Si une ou plusieurs pierres ont des vitesses différentes, le chronométrage par intervalle permet de les identifier et nous dicte la différence de vitesse entre les pierres. Ce système peut également nous aider à jumeler les pierres avant une compétition.
Je me souviens d'une situation très particulière. Au championnat mondial junior 1993 à Grindelwald en Suisse, nous avons joué avec des pierres horribles et je me souviens d'une joute où je n'avais pas pu jumeler les pierres avant la joute. J'ai donc expliqué la situation aux joueurs en leur disant de s'organiser du mieux possible avec ces pierres car il n'y en avait pas deux identiques. À ma grande surprise, notre équipe arrivait à réussir leurs placements avec une régularité exemplaire. Lors de l'arrêt après la 5e manche, j'ai demandé aux joueurs comment ils pouvaient en arriver à une telle réussite avec les placements et on m'a répondu : " Grâce au chronométrage à rebours, notre "lead" nous dit exactement la vitesse de chacune des pierres".
En effet, on sait que si le signal sonore du chronomètre à rebours se fait entendre à la ligne de jeu, la vitesse du placement est de 26,5 secondes (de la ligne arrière à l'arrêt) et avec un peu d'expérience on connaît la vitesse de la glace selon l'endroit où se fait entendre le signal sonore. On sait également qu'une variation de une seconde sur un placement représente environ 10 pieds.
Lors de cette joute au championnat mondial junior à Grindelwald, les balayeurs ont pu dire à chacun des joueurs la vitesse du placement pour chacune de leur pierre. Par exemple, si le signal se fait entendre à l'endroit équivalent à 27 secondes et que la pierre s'immobilise à un pied devant la maison, on sait qu'il manquait une demie
seconde pour réussir le placement. Il faut dont lancer un peu plus pesant, la vitesse du placement pour cette pierre est donc 26,5 secondes.
La même méthode peut s'appliquer avec un chronomètre régulier en chronométrant le temps entre la ligne arrière et la première ligne de jeu. Avec un peu d'entraînement on arrive à connaître la vitesse de la glace selon le temps obtenu.
Beaucoup d'équipes de haut niveau emploient cette méthode. La plupart d'entre elles utilisent le chronomètre régulier. Je préfère personnellement le chronomètre à rebours car celui-ci ne nécessite qu'une touche de départ et il n'y a pas d'arrêt ; de cette façon la marge d'erreur est réduite par rapport au chrono régulier qui nécessite une 2e touche pour l'arrêt à la ligne de jeu. En plus, les balayeurs doivent lire le chronomètre après l'arrêt ce qui n'est pas le cas avec le chrono à rebours.
Si vous n'avez pas encore essayé ce système, allez-y. Il est simple et facile d'adaptation.